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CULTURE LIBRE

DELGARMA, LIBÉRATEUR DE SONDELGARMA, LIBÉRATEUR DE SON

samedi 17 décembre 2005, par Rezki Mammar

Le projet de loi sur le droit d’auteur (DADVSI) propose d’imposer les protections contre la copie des fichiers numériques. Mais à des années-lumières du discours des maisons de disques et des multinationales de la culture, des groupes proposent de la musique libre, que l’on peut écouter et télécharger légalement. Cela est possible grâce aux licences libres. Le titre Bora Dumhet du groupe Delgarma est devenu en quelques semaines un véritable « tube », téléchargé par des internautes sur les sites Musique-Libre.org et Jamendo.
Vox Populi a interviewé l’un des membres du groupe, Didier Guillon Cottard.

Pourquoi avoir choisi une licence ouverte pour diffuser vos morceaux ?
Nous nous sommes mis sur Musique-Libre.org en mars, à l’initiative de notre guitariste qui est aussi un professionnel des technologies multimédia. Il a découvert le monde du libre par Framasoft [annuaire de logiciels libres]. Nous nous sommes mis sous la licence Creative Commons, mais il en existe d’autres. Nous avons choisi celle qui est la plus libre, d’ailleurs très similaire à la LAL (licence art libre) : nous permettons à tout le monde de pouvoir nous diffuser, prendre des samples, trafiquer notre musique.
On garde bien sûr le droit moral sur les oeuvres déposées. On a eu plein de réactions sur notre musique et tout simplement la joie de savoir que beaucoup de monde nous téléchargeait.

Vous avez une idée du nombre de téléchargements ?
Je crois qu’aujourd’hui, nous avons dépassé les 27.000 écoutes en ligne ainsi que 7.000 téléchargements. C’est génial, puisque pour un petit groupe local comme nous, ça représente l’équivalent d’une grosse salle de concert, avec des gens qui réagissent spontanément à nos musique, en bien et en moins bien. Cela veut dire qu’ils ne nous font pas de cadeaux. Et quand ils n’aiment pas, ils zappent. Je dois dire que les commentaires sont très sympathiques. Nous avons la chance d’en recevoir beaucoup. Cela nous permet de savoir ce qui fonctionne ou pas, de nous donner des pistes.

Du coup, c’est gênant pour les maisons de disques. C’est très différent de leurs méthodes.
Complètement. Les gens sont totalement libres. On ne fait pas de pub, ils ont la démarche de venir voir ce que l’on fait. Donc pour moi, des sites comme Jamendo ou Musique-Libre.org donnent une vrai idée de la qualité musicale entre les auditeurs et les artistes. Si vous voulez savoir ce qui se passe au niveau de la création musicale en france, allez écouter de la musique libre et pas celle qu’on nous sert sous cellophane à la télé ou ailleurs à longueur de journée.

Si cette loi passe, que va-t-elle changer pour un groupe comme Delgarma ?
Nous serons alors des hors la loi... alors que notre activité est aujourd’hui 100% légale. Mettre des systèmes de gestion des droits dans les fichiers multimédia, interdire les licences libres, va nous empêcher de pouvoir diffuser notre musique. Les majors vont par contre pouvoir canaliser notre consommation de musique sur leur seuls catalogues d’artistes.

Les blog et web radios ne pourront plus contribuer à diffuser de jeunes artistes... sans parler des podcast libres
C’est d’abord les artistes qui peuvent changer les choses. Peuvent-ils prendre conscience qu’ils ne vivront jamais de leur droits - sauf exception - et que la SACEM n’est pas la seule solution aujourd’hui pour la protection de leur oeuvres ? On vit de nos cachets sur scène, rarement de ces droits. « Prenez des licences libres ». C’est une belle réponse à l’épanouissement artistique de sa musique.

Une organisation comme l’Alliance Public-Artistes propose de mettre en place une licence générale qui permette à chacun de télécharger légalement des titres en rémunérant les artistes. Qu’en penses-tu ?
Pourquoi pas ? Pour moi, la musique est libre, elle n’est pas forcément gratuite. Aller voir un concert de musiciens libres, c’est payant. Acheter le CD d’un artiste libre est également payant. Parce qu’il faut de l’argent pour faire un album, parce qu’également les artistes ont besoin tout simplement de vivre. Trop souvent, je crois qu’on assimile liberté et gratuité. Il y a par exemple un système de dons qui marche bien sur jamendo et qui existera bientôt sur musique-libre.org.
Il y a des internautes qui nous contactent directement pour acheter l’album. On le fait à un petit prix ; le but étant de nous faire connaître.

Comment peut-on soutenir Delgarma ?
Ecouter notre musique, venir nous voir en concert ou même nous programmer si vous êtes organisateur de spectacles.

Comment se procurer le CD ?
En nous écrivant par mail, ensuite il suffit d’envoyer un chèque pour les frais et nous vous renvoyons votre CD par la poste, tout simplement. Il y a désormais 9 titres disponibles.

Un petit pronostic : cette loi va-t-elle passer, selon vous ?
A titre perso, j’ai contacté un député. Il m’a dit que la loi ne passerait pas parce que les députés n’auraient pas le temps de s’en occuper avant que l’hémicycle ne ferme pour Noël. Mon oeil !... Elle reviendra sur le tapis.
Vous aurez toujours des majors qui essaieront de récupérer des choses qu’ils ont peur de perdre. Ce sont des industriels cyniques. Cette loi peut donc très bien finir par passer, nous devons nous mobiliser...
Les 90.000 signataires de la pétition sur eucd,info [1] sont révélateurs de l’enjeu,

Êtes-vous en contact avec des artistes libres et des gens qui réfléchissent à la propriété intellectuelle ?
C’est une des choses que le libre nous permet de faire.
Stéphane Drouot de Rennes alias Lacrymosa Industry, fait de la musique et de l’animation 3D ; c’est un grand défenseur de la licence Art Libre. Il est fan de Delgarma et nous a proposé de participer à un court métrage sur le libre qu’il réalise : The Urban Tale (http://www.jamendo.fr/lu/album/772/). C’est une sorte d’anthologie du libre, avec les complicités de plein d’artistes pour la bande originale. Cette oeuvre devrait sortir dans les prochains mois.
Stéphane Drouot nous a également proposé de réaliser le clip de « bad days ». Sinon, le titre « I hag » est utilisé par un autre jeune réalisateur, Nils Andcorp, pour son film « SOMBRE ».
Il existe des tas d’opportunités, car quand la musique est libre, elle devient une matière que l’on échange et dont on s’enrichit,

Je fais souvent la comparaison avec le monde du théâtre. On se rend compte que beaucoup de pièces contemporaines ne sont pas jouées à cause du prix des droits. C’est complètement stupide. Il ne reste que celles de Molière, tombées dans le domaine public...
Les artistes contemporains se pénalisent eux-mêmes je pense.
Certaines personnes parlent de marchandisation de la culture ; cela sonne parfois comme un cliché mais c’est une réalité. Parler de culture du libre peut parfois évoquer une forme d’utopie, mais derrière cette utopie il y a toute une génération qui semble déterminée et peu encline à toute forme de naïveté...
En face, on a affaire à des gens qui ne sont pas des enfants de choeur, prêts à tout pour optimiser leurs parts de marché et rassurer leurs actionnaires. Nous en sommes tous bien conscients.

A lire aussi :
Cyber mobilisation contre le DADVSI


[1La pétition comptait 90.000 signatures, elle a dépssé les 100.000 le samedi 17 décembre à la mi journée.

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